Episode 19 : « J’ai rencontré quelqu’un… »

Trois mois après notre séparation, l’ex Amoureux m’a dit :

-« J’ai rencontré quelqu’un ».

J’ai dit :

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Mais j’ai surtout pensé :

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Et là il a ajouté :

-« Je vais lui présenter notre fille. »

Alors j’ai dit :

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Et j’ai aussi pensé :

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Alors que de mon côté….euh… j’étais sur le point de totalement faire foirer mes vœux de célibat en fait…

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Ouiiii parce que, en fait… je m’étais rapprochée de Joann, un pote connu quelques mois plus tôt. Quand on a commencé à sortir ensemble on a très vite discuté de polyamour puisqu’il savait que c’était mon « idéal relationnel ». Il ne savait pas si ça lui conviendrait mais il avait envie d’essayer alors on s’est lancé en étant quasi débutants dans le domaine tous les deux mais avec enthousiasme.

La seule « leçon » que j’avais tiré de mon expérience avec l’ex Amoureux c’était de ne pas vouloir une transparence totale à tout prix. Tout le monde n’est pas forcément à l’aise avec la gestion de sa jalousie ou de ses insécurités, moi la première. Les polys ne sont malheureusement pas tous égaux face à la compersion. Et puis dans le fait d’exiger tout savoir, il peut vite y avoir une tentation de contrôle, ce qui n’est pas franchement la philosophie recherchée.

Enfin quoi qu’il en soit, c’est comme ça que je me suis retrouvée de nouveau en couple alors que j’étais sensée vouloir expérimenter le contraire.

#foirage

#metoo : lettre d’excuses à ma mère

Je suis sûre que tu ne m’en voudras pas d’interrompre mon récit polyamoureux et de rédiger un article suite à l’actualité brûlante des #metoo et autre #balancetonporc.

Tu sais quoi ? Je fais partie des rares femmes à ne pas avoir posé de #metoo. J’aurais pu hein, évidemment, comme toutes les filles. Il y a eu ce vieux dégueulasse qui s’est masturbé devant moi un jour au parc, ces deux types qui m’ont suivie un soir en voiture, cet élève de troisième qui m’a agrippé le cul quand j’étais en sixième, ce type l’autre jour qui m’a suivie en vélo, sans compter tous les relous qui m’ont saoulée dans la rue ou au boulot…

Pourtant je n’ai pas écrit #metoo.

Parce qu’au vu de ce qui est arrivé à un trop grand nombre de mes amies, je sais que tout ça n’était rien, des broutilles. Je me suis pas sentie légitime d’écrire #metoo parce que je me considère privilégiée qu’il ne me soit arrivé « QUE » ça quand tant de femmes parmi mes proches ont été violées, abusées, agressées, violentées. J’ai écouté trop de copines me raconter les horreurs dont elles ont été victimes pour considérer que ce que j’ai vécu moi était grave. Pour considérer que ça compte.

Mais ce n’est pas tout. Ce raz de marée de hashtags m’a fait prendre conscience d’un truc important. Et non il ne s’agit pas d’avoir réalisé que toutes les femmes, absolument toutes, ont été harcelée par des hommes, ça bien sûr, ça ne m’a absolument pas étonnée, malheureusement.

Non, ce dont j’ai pris conscience c’est que j’avais des excuses à présenter.

A ma mère.

Voilà ce que j’aimerais lui dire, si j’osais :

Pardon maman.

Pardon parce que je t’en ai toujours beaucoup voulu de m’avoir rendue peureuse.
Trop méfiante. Flippée de ouf. Parano même.

Je t’en ai toujours beaucoup voulu d’avoir fait grandir en moi une trouille affreuse qui se repointe au creux de mon ventre dès que je marche seule dans la rue. La nuit comme le jour. Une trouille qui m’a souvent paralysée, poussée à rester chez moi les soirs où je savais qu’aucun copain ne pourrait me raccompagner jusque chez moi. Triste de rester à la maison quand les autres sont dehors à s’amuser. Mais non, trop risqué, trop peur.

Une trouille qui fait qu’encore aujourd’hui je suis sur le qui-vive dès que je me retrouve dans une situation « à risque ». Un parking sous-terrain, une rue déserte, un groupe de garçons croisé seule dans la rue, un bar où les gens ont trop bu… Une trouille qui fait que je ferme toutes les portes à clés derrière moi, sans même y penser.

Tu m’as élevée dans la crainte que je pouvais me faire agresser maman, alors je fais attention et je suis prête à me défendre, tout le temps. Et souvent je t’en veux, parce que c’est épuisant de se sentir en danger si souvent.

Et puis tu sais, grandir ainsi a lourdement impacté mon rapport aux hommes et à leur désir. C’est compliqué le sexe quand on se sent en permanence comme une proie… pour ça aussi je t’en ai beaucoup voulu.

Mais aujourd’hui je te demande pardon maman. Pardon de t’en avoir voulu. Pardon de m’être moquée de toi avec mes potes quand on avait 16 ans et que tu étais morte de trouille dès que je rentrais avec cinq petites minutes de retard. Pardon de ne pas avoir compris ce que tu ressentais quand j’étais dehors.

Je te demande pardon d’avoir pensé que tout ça c’était de ta faute. Ce n’est pas de ta faute maman. Pas du tout.

C’est la faute de cet homme. De ce salaud cagoulé qui t’as suivie, qui t’as attrapée par derrière et qui t’as immobilisée en posant une lame contre ta gorge. Tu avais dix-neuf ans je crois. 

C’est à cause de lui que la peur ne t’as plus quittée. A cause de lui que tu me l’as transmise. Et ce sera toujours sa faute à lui si ma fille en hérite à son tour. Pas la tienne, ni la mienne.

Pardon maman d’avoir été en colère et de m’être trompée de cible. C’est lui le coupable. Pardon de ne pas t’avoir dit merci d’avoir essayer de me protéger. Car si cette peur me pourrit très souvent la vie, qui sait si ce n’est pas grâce à elle qu’aujourd’hui je ne fais pas partie des trop nombreuses femmes victimes d’agressions sexuelles ?

Pas encore du moins.

« La peur n’évite pas le danger », je n’en suis plus si sûre. Mais la question n’est pas là, ce que je voudrais surtout savoir c’est si un jour les femmes pourront cesser de se sentir en danger.

 

 

Episode 18 : Celle qui était pudique de la souffrance.

Nous voici maintenant au printemps 2015, j’ai 34 ans, je suis célibataire pour la première fois depuis…et bah depuis le début de ma vie d’adulte… et je le vis super bien (non, c’est faux). La vérité c’est que j’ai l’impression d’être au bord d’un gouffre intersidéral et que je ne sais pas comment je vais pouvoir vivre sans l’Amoureux. Mais bon, j’essaie de ne pas sombrer dans l’angoisse totale ou la dépression en me disant que des tas de femmes ont vécu cette situation avant moi et qu’il n’y a pas de raison pour que je n’arrive pas à la surmonter (#girpower).

Et là, tu vas pas le croire, mais vu que je ne suis pas dépressive, que j’essaie de ne pas sombrer en tous cas, il y a des gens pour me sortir des :

-« Et ben t’as pas l’air particulièrement triste, c’est pas normal, je pense que tu es dans le déni c’est pas possible, tu dois pas réaliser ce qu’il t’arrive… »

Ouais, pour de vrai il y a des gens qui te sortent ça quand tu viens de te séparer de l’amour de ta vie, le père de ton enfant, si si. Qu’est-ce que tu peux répondre à ça ?

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Alors pour info, ce n’est pas parce que les gens ONT L’AIR d’aller bien qu’ils VONT vraiment bien, hein, DEJA. Et puis il faut aussi signaler qu’il est, à mon humble avis, assez naturel qu’une personne ayant été longtemps dans une situation de tension ou de stress intense, soit soulagée ou se sente libérée (délivraiii) une fois sortie de cette situation et ce, même si son souci n’a pas été résolu comme elle l’aurait souhaité.

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Le plus ironique c’est que l’Amoureux, qui s’est remis en couple très vite après notre rupture avec une fille rencontrée sur le net, n’a pas eu droit aux même discours… Etonnant non ? Ah non attends, on me dit dans l’oreillette que c’est juste du sexisme ordinaire, pardon !

Bref. Une fois les rageux écartés je commence à réfléchir à ce que je veux faire de ma vie sentimentale. J’en ai tellement chié ces derniers mois avec l’Amoureux, (qu’on va maintenant appeler « l’ex Amoureux » hein, du coup), que j’ai le sentiment que je ne supporterais pas d’être à nouveau dans une relation de couple. Que je ne pourrais pas faire face aux exigences d’un(e) ou plusieurs partenaires, que ce serait forcément un fiasco.

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Je veux éviter l’attachement, et surtout je veux me prouver que je suis capable d’être épanouie sans relation. Objectif fort honorable me diras-tu. Sauf que tu vas voir par la suite : je vais me foirer total.

Episode 17 : le psy…chopathe (4/4)

Nous voici maintenant au tout début de l’année 2015, pile un an après la découverte du polyamour. L’histoire avec l’Amoureux touche à sa fin, nous sommes épuisés et surtout résignés. Parallèlement, mes mésaventures avec cet horrible psychiatre continuent de me soucier beaucoup et je me confie à mon ami Sacha dans un long message.

Sa réponse arrive très vite, il m’écrit :

« Je m’inquiète beaucoup pour toi, ton mail est très préoccupant. Cette histoire ressemble furieusement aux approches pseudo thérapeutiques de l’homosexualité lorsque le corps médical pensait devoir guérir le patient de son orientation sexuelle. Il ne s’agit pas d’une approche aux motivations purement thérapeutiques puisque c’est motivé et situé dans un débat de valeurs, j’ai l’impression qu’il pourrait y avoir un souci déontologique sur ton consentement de patiente là… En clair tu es en droit de savoir si ton thérapeute est capable de considérer une vie amoureuse plurielle comme pouvant être saine ou s’il considère cela comme étant d’office malsain voire comme étant le symptôme d’une pathologie quelconque. Le consentement d’un patient ne peut pas être obtenu à la faveur d’un état de faiblesse. Or là tout de suite tu ferais n’importe quoi pour sauver ton couple, y compris mettre en doute ta santé mentale. Ton médecin ne doit ni profiter de ton état ni de sa position de force pour te faire avaler ou croire n’importe quoi, souviens-toi l’expérience de Milgram qui démontrait à quel point le pouvoir de soumission à l’autorité du savoir peut-être importante voire dangereuse… »

Si comme moi à l’époque, tu n’as jamais entendu parler de cette expérience sur l’obéissance à l’autorité du savoir, je t’encourage à aller lire l’article Wikipédia car c’est fort intéressant (et très flippant).

Bon, entre l’éclairage de Sacha et mon mauvais feeling je t’avoue que je n’avais vraiment pas envie de retourner voir ce psy. Seulement voilà, je flippais d’être vraiment malade et de me voiler la face, de passer à côté d’un truc grave. Et puis j’étais encore sous traitement, je ne pouvais pas arrêter les médocs comme ça du jour au lendemain : j’avais peur des conséquences éventuelles sur mon organisme. J’y retourne donc, la boule au ventre, et ça a été un calvaire…

C’est au cours de cette séance qu’il a commencé a dénigrer le polyamour. Jusque là il n’avait fait aucun commentaire à ce sujet mais à ce moment là je réalise qu’il n’en pensait pas moins depuis le début. J’essaie de me justifier, de lui expliquer en quoi cela a du sens pour moi, il me rétorque à moitié moqueur :

– « Mais enfin, on ne change pas les règles du jeu au bout de quinze ans de relation… »

Puis il enchaîne :

-« Bon, donc vous avez été infidèle, mais est-ce que vous culpabilisez ? »

Je crois que je suis restée muette de stupeur pendant quelques secondes. Puis j’ai essayé de lui expliquer en quoi la non exclusivité consentie entre deux partenaires ne pouvait absolument pas être considérée comme un adultère mails il m’a coupée :

-« Vous avez couché avec un autre homme donc vous avez été infidèle, on ne va pas jouer sur les mots. »

Je lui ai répondu calmement et fermement que jamais je ne serai d’accord avec lui sur ce point et il m’a répondu avec un grand sourire de connard suffisant :

« Peut-être pas aujourd’hui, mais ça viendra. »

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Dans les semaines qui ont suivies je me suis séparée de l’Amoureux et j’ai arrêté les médocs, très progressivement. Je n’ai plus jamais parlé de polyamour à aucun médecin et je n’ai jamais su si j’étais vraiment bipolaire. J’imagine que si ça avait été le cas je le saurais. Récemment ma généraliste m’a quand même conseillé de consulter un autre psychiatre afin de tirer ça au clair. J’ai cédé, je suis allée en voir un deuxième. Il m’a prescrit des anti dépresseurs dès la première séance, il me connaissait depuis 20 minutes. Je suis sortie de chez lui j’ai déchiré sa carte et son ordonnance et je me suis dit que définitivement les psychiatres mais qu’ils aillent tous bien se faire cuire le cul c’est pas mon truc.

Bref, voilà comment s’est achevé cette merveilleuse et terrifiante année 2014, et s’il y a bien une leçon que j’aurais tiré de tout ça c’est :

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J’en profite pour relayer les mots de Julie Dachez qui dit pareil mais en mieux dans l’ introduction de son excellente bédé sur l’autisme Asperger,  « la différence invisible » :

« Vous les « trop comme ceci » ou les « pas assez comme cela », vous qui, par votre simple existence, transgressez les normes établies. Vous qui êtes un pied de nez au diktat de la « normalité ». Il n’y a rien à guérir chez vous, rien à changer. Votre rôle n’est pas de rentrer dans un moule, mais plutôt d’aider les autres – tous les autres – à sortir de celui dans lequel ils sont enfermés. […] Votre différence ne fait pas partie du problème, mais de la solution. C’est un remède à notre société, malade de la normalité. »

Bien dit Julie !

 

Episode 16 : le psy…chopathe (3/4)

A la seconde séance chez le psychiatre, je lui explique mes craintes quant aux médicaments et j’en profite pour lui demander s’il n’y a pas de risque de prise de poids. Rapport que j’ai déjà pris sept kilos en quelques mois donc ça va bien les conneries… Il me demande si je sais pourquoi j’ai pris autant de poids, je lui explique que j’ai tendance à compenser mes soucis en me réfugiant dans la nourriture et là il me sort avec un grand sourire paternaliste :
– « Ben alors ? Vous avez quel âge ? »…
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S’il y a des psychiatres dans la salle, sachez que si vous êtes en présence de ce genre de cas cela s’appelle des TCA (Troubles du Comportement Alimentaire) et que c’est un chouilla courant hein, mais bon je suis pas médecin, qu’est ce que j’en sais après tout.

A la troisième séance il me demande comment ça se passe dans mon couple, je lui explique que ça ne va pas du tout, que l’Amoureux a déjà parlé séparation à plusieurs reprises et que mon désir sexuel est à moins douze mille ce qui n’arrange pas nos affaires. Là, il me dit, à nouveau avec son sourire de raclure idiot :

– « Oooh ben faut peut-être vous forcer un peu… »

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Quand j’ai raconté ça à Alice elle était scandalisée :
– « QUOI ?!! Mais c’est quoi ces conneries !? C’est typiquement le truc qu’on ne dirait jamais à un homme qui n’arrive pas à bander ! Pourquoi ce serait plus facile pour une femme de se forcer à avoir des rapports sexuels !? C’est vraiment un connard ce type !! »
Je sors de cette troisième séance franchement chamboulée. Je n’ai vraiment aucune envie de continuer à m’infliger ce type. Sans compter que les thymorégulateurs commencent à faire effet et que je me sens super mal : je me sens encore plus dépressive qu’avant, je suis secouée de crises de larmes à des moments très incongrus et je me tape des accès paranoïaques trop bizarres.

Je finis par me dire que ça ne me plait pas tellement de devoir prendre ce traitement (loin d’être sans risque) alors qu’aucun diagnostic n’est encore posé. A ce que je sache on ne fait pas de chimio aux patients « au cas où ils auraient le cancer », on attend d’être sûr il me semble. Petit à petit je commence donc à remettre en question cette histoire de trouble bipolaire et à m’interroger sur ce que le médecin considère comme étant des signes de pathologie justifiant la prise de ces médocs . Je décide donc de retourner le voir quand même, ne serait-ce que pour tirer tout ça au clair.

Episode 15 : le psy…chopathe (2/4)

A l’automne 2014 je m’en vais donc consulter un psychiatre afin de tirer au clair cette histoire de trouble bipolaire. A ce moment là je suis au bout de ma vie, complètement paumée. La relation avec l’Amoureux est catastrophique. Je flippe totalement à l’idée d’une séparation après ces quinze années ensemble. J’ai pris sept kilos, j’ai la libido d’un déambulateur et mes nuits sont envahies de cauchemars. Je suis une loque quoi.

A la première séance, je lui déballe toute ma vie et je chiale comme une perdue. Vingt-cinq minutes plus tard, je ressors avec une prescription d’anxiolytiques et de thymorégulateurs (traitement des troubles de l’humeur tels que le trouble bipolaire). En revanche point de diagnostic car « le diagnostic du trouble bipolaire est très long à poser ».

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Je suis tellement à la ramasse que je gobe ces trucs pendant des semaines en espérant qu’ils me rendront ma vie d’avant. Tu sais de quand je remettais pas trop les trucs en question… Moi qui n’avais guère pris plus fort que des doliprane je peux te dire que ça m’a fait tout drôle. D’ailleurs je me souviens de mon premier anxiolytique :

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C’est pas rigolo longtemps.  Un jour tu te rends compte que t’arrives plus à dormir sans, et que t’es même obligé(e) d’augmenter les doses régulièrement parce que ton corps s’habitue. Tu flippes de plus jamais pouvoir t’en passer, c’est pas cool du tout en fait. Mais j’étais pas au bout de mes peines malheureusement, je te raconterai ça lundi prochain…

Episode 14 : le psy…chopathe (1/4)

A l’automne 2014, ma maman, qui avait compris que mon couple traversait une mauvaise passe et à qui j’avais tenté d’expliquer, en vain, mes besoins d’émancipation, m’a conseillé d’aller voir un psychiatre.

Je voyais une psychologue à cette époque là, notamment pour parler de mon couple et de nos difficultés à envisager le polyamour justement. Je ne voyais donc pas l’intérêt d’aller consulter quelqu’un d’autre. Pourtant elle continuait d’insister sur l’importance que je consulte un médecin et non une « simple » psychologue. Après lui avoir tiré les vers du nez elle m’avoua que son propre thérapeute, un psychiatre, lui avait déclaré que j’avais le comportement et les symptômes d’une personne atteinte de trouble bipolaire.

Je crois que j’ai dû lui répondre à peu près ça :

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Puis quelques jours après, scandalisée, j’en parle à ma psychologue. Et là, à ma grande surprise, elle me dit que oui, en fait, c’est pas forcément idiot, qu’elle avait songé aussi au trouble bipolaire me concernant, mais qu’elle est pas médecin, et que finalement ce serait peut être une bonne idée de consulter un spécialiste…

J’ai dû répondre à peu près ça :

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A ce moment là il se passe un truc pas cool dans ma tête. Un truc qui me fait maintenant penser à l’expérience de Asch, qui montre à quel point on peut parfois se ranger au conformisme et à l’avis de la majorité, même si au départ, on pense que la majorité se trompe. Je me dis que si le psychiatre de ma mère ET ma propre psy pensent que je suis peut-être bipolaire, c’est sûrement vrai. Je commence à penser que mon élan enthousiaste pour le polyamour, qui est en train de bouleverser ma vie et de pourrir mon couple, n’est peut-être dû qu’à un état pathologique. Que si j’ai ce genre d’idée marginale c’est peut-être parce que je suis malade. Et surtout, que si j’ai fait du mal à l’Amoureux, ce n’est pas entièrement de ma faute, et qu’en me faisant soigner je vais peut-être pouvoir éviter de le perdre.

Je décide donc d’aller consulter un psychiatre.

 

Episode 13 : l’ami inconnu

Avant de te raconter la fin de cette fameuse année 2014 où j’ai découvert le polyamour, il faut que je te parle de Sacha.

Sacha c’est un peu comme Alice, c’est mon pote poly avec qui j’échange des mails longs comme le bras depuis des années. Sauf que je ne l’ai jamais rencontré. Mais on a une relation épistolaire philosophique passionnante. Parfois il pousse la réflexion tellement loin que même en lisant la phrase plusieurs fois je comprends que dalle. Mais le plus souvent quand je parcours ses mails ça fait des grands « WAHOU » dans ma tête.

Un jour par exemple il m’avait écrit :

-« Finalement je suis plus branché liberté qu’amour. Ce que la liberté apporte de différent c’est notamment de pouvoir remettre en question l’importance parfois excessive que l’on accorde à l’amour. La liberté n’est pas tout, mais l’amour non plus. »

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Moi qui commençais tout juste à remettre en cause l’importance du couple fusionnel ça m’a fait un bien terrible de lire ça. C’est grâce à ce genre de pensées que j’ai réussi, des années plus tard, à me détacher de l’idée qu’il faut forcément être dans une relation pour être épanoui(e).

Une autre fois, alors que je lui racontais mes soucis de couple à la dérive et la culpabilité qui m’étouffais il m’avait dit :

-« Oui, l’amour n’est pas juste, ce n’est pas son rôle d’être juste. Sa seule contrainte morale c’est peut-être de s’exprimer aussi sincèrement que possible… Alors oui, bien sûr quelque part ton compagnon se sent obligé d’entrer dans le polyamour, ce n’est pas son choix, c’est le tien. Mais l’inverse est aussi  vrai : actuellement, le choix d’une relation exclusive est son choix, pas le tien… »

Sacha est un ami précieux. Il savait me faire prendre de la hauteur, m’apaiser quand la culpabilité était trop forte, et il m’accompagne toujours volontiers dans mes besoins de questionner le monde.

Mais tout ça n’est rien comparé au rôle de sauvetage qu’il a joué un peu plus tard quand j’ai croisé le chemin du psychiatre psychopathe.

Et ça, je t’en parlerai dans l’épisode suivant…

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Episode 12 : des miettes de relation

Quelques mois après avoir vécu cette expérience avec Elliott, j’ai rencontré Stefan. Il a été le deuxième et dernier partenaire que j’ai connu alors que j’étais encore en couple avec l’Amoureux.

Stefan devait avoir autour de 43 ans. Il était célibataire. Il n’était pas franchement polyamoureux. A vrai dire il ne croyait pas au concept car pour lui c’était trop compliqué de savoir que sa partenaire voyait d’autres hommes, rapport à la jalousie toussa.

Pour autant il ne croyait pas du tout à l’exclusivité sexuelle. D’ailleurs il n’avait jamais connu de relation sans infidélité. Soit sa partenaire l’avait été, soit c’était lui, soit les deux. Pour lui, l’infidélité sexuelle faisait partie du couple, c’était normal et ce n’était en aucun cas une cause de rupture, mais ça devait rester occasionnel et si possible secret parce que sinon, je cite : « ça fait du mal pour rien ».

Quand on a compris qu’on se plaisait, il m’a proposé « une rencontre simple et sensuelle ».

episode 12-1

Même si ça veut dire la même chose… De son point de vue, étant donné que j’étais en couple, il était plus réaliste pour nous d’être dans une situation d’adultère où les choses seraient « claires » (on baise mais on tombe pas amoureux), et où la relation serait cachée puisque j’étais en couple.

Moi bien sûr j’étais pas du tout emballée par cette idée puisque mon envie était de construire de « vraies » relations parallèles à celle que j’avais avec l’Amoureux. Mais selon Stefan, comme je ne pouvais lui offrir qu’une place de partenaire secondaire, ça ne lui aurait pas permis de partager un vrai projet de vie avec moi. Il pensait n’obtenir que des miettes, craignait de se sentir frustré, de tomber amoureux, de le vivre mal etc.

Bon, j’avais conscience que le partage du temps entre plusieurs relations pouvait s’avérer compliqué à gérer mais je lui expliquais que je n’avais pas que des miettes à lui offrir, qu’il me plaisait vraiment et que j’avais envie de partager plus que son lit. Et puis qu’une certaine transparence avec l’Amoureux était pour moi très importante car je n’avais pas envie de me cacher ni de lui mentir, comme si je faisais quelque chose de mal alors que j’avais été honnête avec lui depuis le départ.

Bref, on n’était pas d’accord. Et comme nous étions des personnes tout à fait matures et raisonnables, nous avons décidé d’en rester là.

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On a essayé quand même, parce que tu sais bien, quand une relation part sur des bases de désaccord, ça donne toujours un truc cool et sans prise de tête ! #grosboulet

Ca a pété au bout de trois semaines.

On n’est pas restés proches mais on s’est donné des nouvelles quelques temps après : il avait rencontré une chouette fille, il était heureux, j’étais contente pour lui. J’ai eu d’autres nouvelles assez surprenantes depuis. Je te raconterai.

N’empêche cette histoire m’aura permis de réfléchir à ce que je pouvais en effet « offrir » à un(e) partenaire tout en étant déjà impliquée dans une relation primaire de type fusionnel (ou presque). Il fallait que je prenne ça en compte, la logistique que ça impliquait, et surtout que je réalise que ça ne convenait pas forcément à tout le monde de n’être « que » le/la partenaire secondaire.